dimanche 4 mai 2008
Maux à mots
Ma recherche intempestive sur la génération 2.0 m’a fait perdre de vue mon travail sur le texte de Berger et de Tamaracouta.
Mais ne vous inquiétez pas, chère lectrice, il progresse. Je parle de mon travail, évidemment, et pas du texte ou de Berger, que je ne pourrais reconnaître dans la rue s’il advint que je le croisasse par inadvertance.
(Comment fait-on pour croiser quelqu’un au subjonctif? Ç’est une question que je laisse aux herméneutes du département.)
Le texte de Berger, je le manipule sans peine, je découpe et déblanchit ses pages comme bon me semble. C’est le texte de Tamaracouta qui me pose des problèmes. Je ne peux l’approcher qu’avec la plus grande circonspection. Ainsi, je ne peux y toucher que si je me suis muni préalablement de gants de caoutchouc et d’un masque de chirurgien.
À me regarder on se croirait dans un vrai laboratoire médical. Il ne manque qu’Emmanuelle Alba dans un uniforme d’infirmière d’un blanc étincelant pour que l’illusion soit complète.
Le travail est lent et, quand j’y passe trop de temps, je finis par avoir des mots de tête (beau jeu de maux, n’est-ce pas?) et, la nuit, de ces rêves que même Freud, dans sa grande sagesse, hésiterait à interpréter.
On m’a parlé d’un anti-freudien notoire, un certain Vladimir N., qui pourrait toujours me recevoir et explorer les racines de mon arbre cognitif à l’aide de sa plume acérée, mais j’hésite... Je n’aime pas les charlatans (un par page, cela devrait suffire) et tolère difficilement les examens de conscience.
Mais enfin.
La nuit dernière, par exemple, je me suis réveillé à trois heures du matin afin de transcrire le cauchemar que je venais d’avoir et voici ce que ça a donné.
Du charabia!
« Ne me te se me souvient plus désastre peut s’appeler brouillard, navire échoué, astres, dés, pers la carte un roi touchable aimable caressable les lignes confondues la chose n’a plus de tête la tête n’a plus de pied le pied n’a plus de sol les lignes sur le bout de la sur le la au cœur de la une pensée quoi quoi les lignes quoi »
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, je trouve ça tout bonnement illisible. Les ATN de ce texte ont dû se brouiller. Un enfant de 5 ans pourrait arriver au même résultat, les yeux fermés.
Je vous laisse, ma migraine s’intensifie.
Mais ne vous inquiétez pas, chère lectrice, il progresse. Je parle de mon travail, évidemment, et pas du texte ou de Berger, que je ne pourrais reconnaître dans la rue s’il advint que je le croisasse par inadvertance.
(Comment fait-on pour croiser quelqu’un au subjonctif? Ç’est une question que je laisse aux herméneutes du département.)
Le texte de Berger, je le manipule sans peine, je découpe et déblanchit ses pages comme bon me semble. C’est le texte de Tamaracouta qui me pose des problèmes. Je ne peux l’approcher qu’avec la plus grande circonspection. Ainsi, je ne peux y toucher que si je me suis muni préalablement de gants de caoutchouc et d’un masque de chirurgien.
À me regarder on se croirait dans un vrai laboratoire médical. Il ne manque qu’Emmanuelle Alba dans un uniforme d’infirmière d’un blanc étincelant pour que l’illusion soit complète.
Le travail est lent et, quand j’y passe trop de temps, je finis par avoir des mots de tête (beau jeu de maux, n’est-ce pas?) et, la nuit, de ces rêves que même Freud, dans sa grande sagesse, hésiterait à interpréter.
On m’a parlé d’un anti-freudien notoire, un certain Vladimir N., qui pourrait toujours me recevoir et explorer les racines de mon arbre cognitif à l’aide de sa plume acérée, mais j’hésite... Je n’aime pas les charlatans (un par page, cela devrait suffire) et tolère difficilement les examens de conscience.
Mais enfin.
La nuit dernière, par exemple, je me suis réveillé à trois heures du matin afin de transcrire le cauchemar que je venais d’avoir et voici ce que ça a donné.
Du charabia!
« Ne me te se me souvient plus désastre peut s’appeler brouillard, navire échoué, astres, dés, pers la carte un roi touchable aimable caressable les lignes confondues la chose n’a plus de tête la tête n’a plus de pied le pied n’a plus de sol les lignes sur le bout de la sur le la au cœur de la une pensée quoi quoi les lignes quoi »
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, je trouve ça tout bonnement illisible. Les ATN de ce texte ont dû se brouiller. Un enfant de 5 ans pourrait arriver au même résultat, les yeux fermés.
Je vous laisse, ma migraine s’intensifie.
mercredi 30 avril 2008
G-2.0
Chère lectrice,
j’ai voulu vérifier si j’avais été le premier à parler de la G-2.0. Je suis systématique quand il le faut. Emmanuelle Alba y est allé à fond de train et en moins de temps qu’il en faut pour retourner une crêpe (0,26 secondes!), elle a trouvé, sur Google, 8 490 000 mentions du terme. Rien que ça...
Hum! Réduisons nos attentes.
Chère lectrice,
je peux maintenant affirmer, sans me tromper, que j’ai été l’un des premiers. Bon, j’avoue, ce n’est pas aussi glorieux que d’être le premier, mais au moins je ne suis pas le dernier. Ha!
Je suis par contre le premier à faire de la G-2.0 : LTG.
Ce sera ma marque de commerce.
J’ai été tout de même étonné d’apprendre que des livres avaient déjà commencé à être publiés sur la question.
Ainsi, l’ineffable Ben Rigby, fondateur et pdg de Mobile Voter (rien de moins!), vient de rédiger un essai sur la G-2.0. Ça s’intitule Mobilizing Generation 2.0: A Practical Guide to Using Web 2.0. Technologies to Recruit Organize and Engage Youth. Je n’ai aucune intention de lire l’opuscule qui doit être tout aussi insignifiant que son titre. Mais quand même! À peine la génération existe-elle qu’on tente déjà de la mobiliser! C’est du virtuel concret pas à peu près...
Chère lectrice, il en est même question en long et en large sur Marcom Blog, le fameux site consacré à euh... bien disons à Marcom Aix.
Je pourrais vous résumer la chose, mais je préfère livrer les réflexions de ce cher Marcom dans une traduction signée Babel Fish. J’aime bien ces traducteurs automatiques... Ils nous livrent une marchandise très G-2.0. Tout croche, tout de travers.
Or donc, voici ce que le monsieur dit (et je ne peux m'empêcher de mettre en caractère gras les perles):
« L'avez-vous vu ou lui avez-vous senti ? Quelque chose se produit. C'est réellement une expression populaire sur les rues de Silicon Valley de nos jours. Mais ce n'est pas une côte gauche, bonne chose de côte.
Vous êtes, nous sommes, impliqué dans une transformation de la proportion épique (vous avez vu ceci ainsi un léger calembour est prévu, et des travaux donné le contexte de ce poteau).
Au milieu des générations marquées baby boom, X, et Y, là a émergé une place des individus qui est changeante et rétablissante les « affaires » dans le concept des 'affaires comme d'habitude,' que nous le savons. »
Chère lectrice, ne me demandez même pas ce que cela veut dire.... Même avec le protocole TRANSLIT, je n’arrive pas à des résultats aussi sidérants.
« Ils représentent un espoir attachés à un bourdonnement toujours croissant autour de ce qui est possible. Une nouvelle main d'oeuvre est programmée et la main d'oeuvre reprogrammée-un qui a été transformée par l'innovation ; une main d'oeuvre qui transformera des industries comme nous les savons (affaires, médias, P.R.).
Ils ne seront pas marqués avec une lettre, mais plutôt un nombre de version. Comme le cycle du développement de produit dans le monde de la technologie (désolée, je suis un type de P.R. de technologie), ils reflètent une transition de la première version à la prochaine génération-version 2.0. Pas GEN-X, pas GEN-Y, mais génération 2.0.
Outre de la manchette et nullement complet, laissez-nous considèrent les 2.0 grande image. Le développement du Web 2.0 (technologie) alimente l'environnement des affaires 2.0 (affaires), qui autorise alternativement de nouveaux producteurs de médias (des goûts des Un-listeuses comme Scoble et Battelle même aux zz-listeuses les plus obscures comme me ou améliorez pourtant ma soeur et son armée des amis de MySpace). »
Voilà.
Ne me remerciez pas. Maintenant vous savez tout. C’est transcendant.
Je vous le dis, la G-2.0 raflera tout sur son passage.
Et je ferai taire les sceptiques.
j’ai voulu vérifier si j’avais été le premier à parler de la G-2.0. Je suis systématique quand il le faut. Emmanuelle Alba y est allé à fond de train et en moins de temps qu’il en faut pour retourner une crêpe (0,26 secondes!), elle a trouvé, sur Google, 8 490 000 mentions du terme. Rien que ça...
Hum! Réduisons nos attentes.
Chère lectrice,
je peux maintenant affirmer, sans me tromper, que j’ai été l’un des premiers. Bon, j’avoue, ce n’est pas aussi glorieux que d’être le premier, mais au moins je ne suis pas le dernier. Ha!
Je suis par contre le premier à faire de la G-2.0 : LTG.
Ce sera ma marque de commerce.
J’ai été tout de même étonné d’apprendre que des livres avaient déjà commencé à être publiés sur la question.
Ainsi, l’ineffable Ben Rigby, fondateur et pdg de Mobile Voter (rien de moins!), vient de rédiger un essai sur la G-2.0. Ça s’intitule Mobilizing Generation 2.0: A Practical Guide to Using Web 2.0. Technologies to Recruit Organize and Engage Youth. Je n’ai aucune intention de lire l’opuscule qui doit être tout aussi insignifiant que son titre. Mais quand même! À peine la génération existe-elle qu’on tente déjà de la mobiliser! C’est du virtuel concret pas à peu près...
Chère lectrice, il en est même question en long et en large sur Marcom Blog, le fameux site consacré à euh... bien disons à Marcom Aix.
Je pourrais vous résumer la chose, mais je préfère livrer les réflexions de ce cher Marcom dans une traduction signée Babel Fish. J’aime bien ces traducteurs automatiques... Ils nous livrent une marchandise très G-2.0. Tout croche, tout de travers.
Or donc, voici ce que le monsieur dit (et je ne peux m'empêcher de mettre en caractère gras les perles):
« L'avez-vous vu ou lui avez-vous senti ? Quelque chose se produit. C'est réellement une expression populaire sur les rues de Silicon Valley de nos jours. Mais ce n'est pas une côte gauche, bonne chose de côte.
Vous êtes, nous sommes, impliqué dans une transformation de la proportion épique (vous avez vu ceci ainsi un léger calembour est prévu, et des travaux donné le contexte de ce poteau).
Au milieu des générations marquées baby boom, X, et Y, là a émergé une place des individus qui est changeante et rétablissante les « affaires » dans le concept des 'affaires comme d'habitude,' que nous le savons. »
Chère lectrice, ne me demandez même pas ce que cela veut dire.... Même avec le protocole TRANSLIT, je n’arrive pas à des résultats aussi sidérants.
« Ils représentent un espoir attachés à un bourdonnement toujours croissant autour de ce qui est possible. Une nouvelle main d'oeuvre est programmée et la main d'oeuvre reprogrammée-un qui a été transformée par l'innovation ; une main d'oeuvre qui transformera des industries comme nous les savons (affaires, médias, P.R.).
Ils ne seront pas marqués avec une lettre, mais plutôt un nombre de version. Comme le cycle du développement de produit dans le monde de la technologie (désolée, je suis un type de P.R. de technologie), ils reflètent une transition de la première version à la prochaine génération-version 2.0. Pas GEN-X, pas GEN-Y, mais génération 2.0.
Outre de la manchette et nullement complet, laissez-nous considèrent les 2.0 grande image. Le développement du Web 2.0 (technologie) alimente l'environnement des affaires 2.0 (affaires), qui autorise alternativement de nouveaux producteurs de médias (des goûts des Un-listeuses comme Scoble et Battelle même aux zz-listeuses les plus obscures comme me ou améliorez pourtant ma soeur et son armée des amis de MySpace). »
Voilà.
Ne me remerciez pas. Maintenant vous savez tout. C’est transcendant.
Je vous le dis, la G-2.0 raflera tout sur son passage.
Et je ferai taire les sceptiques.
Libellés :
Chroniques du contemporain,
Génération 2.0
mardi 29 avril 2008
Le match du siècle!
M. Suprenant est un sceptique.
Cela n’a rien de bien heu... surprenant.
Je pensais qu’il voulait me féliciter pour ma proposition, quand il m’a demandé de venir le rejoindre à son bureau. Que non... Qué no! Comme dans Raymond évidemment.
Il m’attendait avec une brique et un fanal. (Et il ne mâchait pas ses mots : « Tabarnak, Éric, t’as-tu fini de faire des conneries? Ostie, assis-toi...)
Il n’était pas seul. Jean Calumet, doyen de la faculté des arts et du commerce, un ogre, bedonnant, avec des lunettes aviateur, y était aussi. Il grommelait. Il ne lui manquait qu’un cigare pour que le portrait soit complet.
Je devais arrêter toutes affaires cessantes d’harceler M. Renard, recteur de notre divine institution en faillite. Il semble, a précisé M. Suprenant, que M. le Recteur, fin ha ha comme il se doit, n’appréciait pas outre mesure les multiples lettres que je lui avais fait parvenir pour le convaincre de faire prendre à notre institution le virage de la génération 2.0. (Suprenant ne mâchait pas ses mots : « On n’en a rien à foutre, ‘stie! C’tu clair? Saigne tes breaks... »)
J’étais pantois.
Quoi?
Du foutre? Pantoute...
C’est la voie de demain.
La voie de la main.
Consterné, étais-je. Ils n’avaient pas compris que je leur offrais la poule aux œufs d’or. Un avenir radieux s’ouvrait, et ils en étaient encore à chipoter sur des virgules et des formules d’usage. (Bon d’accord, j’aurais pas dû traiter le rectum de trou du... Mais quand même, on ne transforme pas le futur d’un simple coup de baguette.)
« C’est quoi au juste la génération 2.0? » m’a demandé M. Calumet, qui ne voulait pas me laisser en paix et qui semblait bouloir me dévorer des yeux.
« Vous n’avez qu’à vous pencher et à regarder par le fenêtre de votre bureau », lui ai-je répondu, le sourire aux lèvres. « Elle est là tout autour de nous. Au coin de toutes les rues, dans les cafés, attablée autour d’une bière rousse, dans le métro et les autobus. Et plus important encore : elle est dans les couloirs de notre université, dans ses salles de classe, n’attendant, comme un papillon dan son cocon, que de voler de ses propres ailes en écoutant sa musique son Ipod.
La G-2.0 (ça fait mode, non?) écoute évidemment des chansons téléchargées sur son téléphone portable ou son Ipod. Elle lit le texto dans le texte et n’est jamais loin de son clavier. Elle connaît les principes du T-9. Son réseau la suit partout.
Elle est branchée. Auparavant, cela voulait dire à la mode, maintenant, c’est littéral : elle est branchée à son portable, à son réseau Internet et à son compte de banque, de plus en plus sollicité.
Sa nature est participative. Elle est sur Facebook, MySpace, Flick’r, Ringo, Marlot, etc.
Elle est un être essentiellement sémiotique (M. Calumet a sourcillé, il n’aime pas ce terme qui fait vieille garde). Elle envoie des signes partout et tout le temps. La fonction phatique est, avec elle, surdimensionnée. C’est le contact qu’elle recherche, l’assurance que le contact est maintenu.
Quand elle téléphone à un ami, la première question qu’elle pose est : où es-tu? Elle ne connaît qu’une seule logique économique : celle des versements égaux mensuels. Le pire est que cela ne lui fait même pas peur…"
M. Suprenant et M. Calumet se regardaient, incertain s’ils devaient me laisser continuer ou me foutre à la porte. J’ai fait comme si de rien n’était.
"La génération 2.0," ai-je continué, "c'est-à-dire nos élèves, ceux que nous croisons chaque jour dans les couloirs, portent des tatouages aux endroits stratégiques de leur corps, et des piercings tout près des zones érogènes. Il sont nés une souris d’ordinateur dans les mains, et ont grandi le nez collé à l’écran de l’ordinateur.
Le virtuel est leur réalité.
Le passé est une grande masse informe, légèrement angoissante. Le futur est un monde sans fin. Leur temps est le présent, mais un présent obsédé par sa propre définition, par sa propre temporalité.
C’est le présentissime. Tout le temps le présent, rien que le présent, qui s’invente selon ses besoins un passé et un futur qui lui correspondent."
« C’est assez! » a crié M. Suprenant. « Assez de sornettes... Et qu’on ne vous y reprenne plus. Une autre lettre à notre très cher recteur et vous êtes à la porte.... Est-ce clair? »
Dans le couloir me ramenant à la chaire, je n’avais qu’une seule idée en tête, leur montrer que la G-2.0 existait bel et bien. Et plus encore. Qu’elle constituait en fait le lectorat par excellence de la littérature transgénique.
Les deux étaient liés, évidemment.
Je devais finir d’inventer la littérature transgénique pour l’offrir à la G-2.0!
C’était la quadrature du cercle (ou quelque chose du genre, je ne suis jamais certain de savoir ce que veut dire cette expression, mais ça me fait un p’tit velours de l’utiliser).
Je serai le Nobel du 21e siècle. On ne me remerciera pas assez.
Cela n’a rien de bien heu... surprenant.
Je pensais qu’il voulait me féliciter pour ma proposition, quand il m’a demandé de venir le rejoindre à son bureau. Que non... Qué no! Comme dans Raymond évidemment.
Il m’attendait avec une brique et un fanal. (Et il ne mâchait pas ses mots : « Tabarnak, Éric, t’as-tu fini de faire des conneries? Ostie, assis-toi...)
Il n’était pas seul. Jean Calumet, doyen de la faculté des arts et du commerce, un ogre, bedonnant, avec des lunettes aviateur, y était aussi. Il grommelait. Il ne lui manquait qu’un cigare pour que le portrait soit complet.
Je devais arrêter toutes affaires cessantes d’harceler M. Renard, recteur de notre divine institution en faillite. Il semble, a précisé M. Suprenant, que M. le Recteur, fin ha ha comme il se doit, n’appréciait pas outre mesure les multiples lettres que je lui avais fait parvenir pour le convaincre de faire prendre à notre institution le virage de la génération 2.0. (Suprenant ne mâchait pas ses mots : « On n’en a rien à foutre, ‘stie! C’tu clair? Saigne tes breaks... »)
J’étais pantois.
Quoi?
Du foutre? Pantoute...
C’est la voie de demain.
La voie de la main.
Consterné, étais-je. Ils n’avaient pas compris que je leur offrais la poule aux œufs d’or. Un avenir radieux s’ouvrait, et ils en étaient encore à chipoter sur des virgules et des formules d’usage. (Bon d’accord, j’aurais pas dû traiter le rectum de trou du... Mais quand même, on ne transforme pas le futur d’un simple coup de baguette.)
« C’est quoi au juste la génération 2.0? » m’a demandé M. Calumet, qui ne voulait pas me laisser en paix et qui semblait bouloir me dévorer des yeux.
« Vous n’avez qu’à vous pencher et à regarder par le fenêtre de votre bureau », lui ai-je répondu, le sourire aux lèvres. « Elle est là tout autour de nous. Au coin de toutes les rues, dans les cafés, attablée autour d’une bière rousse, dans le métro et les autobus. Et plus important encore : elle est dans les couloirs de notre université, dans ses salles de classe, n’attendant, comme un papillon dan son cocon, que de voler de ses propres ailes en écoutant sa musique son Ipod.
La G-2.0 (ça fait mode, non?) écoute évidemment des chansons téléchargées sur son téléphone portable ou son Ipod. Elle lit le texto dans le texte et n’est jamais loin de son clavier. Elle connaît les principes du T-9. Son réseau la suit partout.
Elle est branchée. Auparavant, cela voulait dire à la mode, maintenant, c’est littéral : elle est branchée à son portable, à son réseau Internet et à son compte de banque, de plus en plus sollicité.
Sa nature est participative. Elle est sur Facebook, MySpace, Flick’r, Ringo, Marlot, etc.
Elle est un être essentiellement sémiotique (M. Calumet a sourcillé, il n’aime pas ce terme qui fait vieille garde). Elle envoie des signes partout et tout le temps. La fonction phatique est, avec elle, surdimensionnée. C’est le contact qu’elle recherche, l’assurance que le contact est maintenu.
Quand elle téléphone à un ami, la première question qu’elle pose est : où es-tu? Elle ne connaît qu’une seule logique économique : celle des versements égaux mensuels. Le pire est que cela ne lui fait même pas peur…"
M. Suprenant et M. Calumet se regardaient, incertain s’ils devaient me laisser continuer ou me foutre à la porte. J’ai fait comme si de rien n’était.
"La génération 2.0," ai-je continué, "c'est-à-dire nos élèves, ceux que nous croisons chaque jour dans les couloirs, portent des tatouages aux endroits stratégiques de leur corps, et des piercings tout près des zones érogènes. Il sont nés une souris d’ordinateur dans les mains, et ont grandi le nez collé à l’écran de l’ordinateur.
Le virtuel est leur réalité.
Le passé est une grande masse informe, légèrement angoissante. Le futur est un monde sans fin. Leur temps est le présent, mais un présent obsédé par sa propre définition, par sa propre temporalité.
C’est le présentissime. Tout le temps le présent, rien que le présent, qui s’invente selon ses besoins un passé et un futur qui lui correspondent."
« C’est assez! » a crié M. Suprenant. « Assez de sornettes... Et qu’on ne vous y reprenne plus. Une autre lettre à notre très cher recteur et vous êtes à la porte.... Est-ce clair? »
Dans le couloir me ramenant à la chaire, je n’avais qu’une seule idée en tête, leur montrer que la G-2.0 existait bel et bien. Et plus encore. Qu’elle constituait en fait le lectorat par excellence de la littérature transgénique.
Les deux étaient liés, évidemment.
Je devais finir d’inventer la littérature transgénique pour l’offrir à la G-2.0!
C’était la quadrature du cercle (ou quelque chose du genre, je ne suis jamais certain de savoir ce que veut dire cette expression, mais ça me fait un p’tit velours de l’utiliser).
Je serai le Nobel du 21e siècle. On ne me remerciera pas assez.
vendredi 25 avril 2008
WE HAVE A WINNER!
Ce n’est pas sans une certaine émotion, que nous pouvons enfin déclarer un gagnant.
Après de multiples délibérations, un jury composé d’Emmanuelle Alba, de Miss Victoria W et de votre humble serviteur, Éric Lint, a trouvé le meilleur slogan pour vanter les mérites de l’Université de Villeray à Montréal.
Oui, Monsieur!
Confronté à une avalanche de propositions, suite à ma dernière entrée, je n’ai eu d’autre choix que de procéder par jury afin de ne pas faire de mécontents. J’ai approché Emmanuelle, qui a accepté sur le champ (je la paie grassement, elle ne peut me refuser ces petits caprices). Quant à Victoria W, il a fallu que je prenne des gants blancs en caoutchouc. Mais, c’est une autre histoire…
Après de multiples délibérations, quelques bouteilles d’eau aromatisée au zeste de citron, et un long diner dans un buffet chinois de mon choix (tradition héritée de mon paternel qui s’y connaissait en spare ribs), nous nous sommes entendus et le premier prix a été décerné à un dénommé Bee Gee, pour sa proposition d’une originalité à toute épreuve.
Roulement de tambour…
Je vous donne :
L’UVAM, L’UNIVERSITÉ DE LA GÉNÉRATION 2.0!
(Imaginez : des cours sur youtube, des travaux produits par générateurs de texte, des ateliers de lecture sur Second Life, des présentations étudiants sur Facebook et des travaux remis sur myspace. La totale!)
Je savais que vous alliez apprécier.
Aussitôt les résultats annoncés, j’ai fait parvenir le résultat de notre petit concours à messieurs Suprenant et Renard, respectivement directeur du Département des arts du texte et recteur de notre très chère et endettée université; et j’attends avec impatience leurs réactions. Ils ne peuvent qu’être étonnés du slogan choisi, et enthousiasmés par ce tournant que nous pouvons faire prendre aux études universitaires.
Imaginez, la Télé-université, mais en vrai!
Des sites réunis en un seul portail, une écriture collaborative, des lieux d’amusement et d’enseignement. Il est temps de penser l’humanité comme une immense ruche.
Des internautes comme des petites abeilles.
Et moi, et moi, et moi…
Une révolution entière… et c’est Éric Lint, titulaire de la chaire de recherche en littérature transgénique, qui en aurai été l’initiateur. J’aurai un timbre à mon effigie. Un pavillon à mon nom. Des salles de spectacle.
On fera de moi un personnage de roman! Comme ces scientifiques qui peuplent les romans de ce siècle.
Vive l’UVAM
Vive la génération 2.0.
Vive la CRLT.
Vive moi.
p.s. si quelqu’un peut avertir le gagnant de venir chercher son prix aux locaux de la chaire, un magnifique coupon rabais du Café de la Craie, il me rendrait un grand service. Merci.
Après de multiples délibérations, un jury composé d’Emmanuelle Alba, de Miss Victoria W et de votre humble serviteur, Éric Lint, a trouvé le meilleur slogan pour vanter les mérites de l’Université de Villeray à Montréal.
Oui, Monsieur!
Confronté à une avalanche de propositions, suite à ma dernière entrée, je n’ai eu d’autre choix que de procéder par jury afin de ne pas faire de mécontents. J’ai approché Emmanuelle, qui a accepté sur le champ (je la paie grassement, elle ne peut me refuser ces petits caprices). Quant à Victoria W, il a fallu que je prenne des gants blancs en caoutchouc. Mais, c’est une autre histoire…
Après de multiples délibérations, quelques bouteilles d’eau aromatisée au zeste de citron, et un long diner dans un buffet chinois de mon choix (tradition héritée de mon paternel qui s’y connaissait en spare ribs), nous nous sommes entendus et le premier prix a été décerné à un dénommé Bee Gee, pour sa proposition d’une originalité à toute épreuve.
Roulement de tambour…
Je vous donne :
L’UVAM, L’UNIVERSITÉ DE LA GÉNÉRATION 2.0!
(Imaginez : des cours sur youtube, des travaux produits par générateurs de texte, des ateliers de lecture sur Second Life, des présentations étudiants sur Facebook et des travaux remis sur myspace. La totale!)
Je savais que vous alliez apprécier.
Aussitôt les résultats annoncés, j’ai fait parvenir le résultat de notre petit concours à messieurs Suprenant et Renard, respectivement directeur du Département des arts du texte et recteur de notre très chère et endettée université; et j’attends avec impatience leurs réactions. Ils ne peuvent qu’être étonnés du slogan choisi, et enthousiasmés par ce tournant que nous pouvons faire prendre aux études universitaires.
Imaginez, la Télé-université, mais en vrai!
Des sites réunis en un seul portail, une écriture collaborative, des lieux d’amusement et d’enseignement. Il est temps de penser l’humanité comme une immense ruche.
Des internautes comme des petites abeilles.
Et moi, et moi, et moi…
Une révolution entière… et c’est Éric Lint, titulaire de la chaire de recherche en littérature transgénique, qui en aurai été l’initiateur. J’aurai un timbre à mon effigie. Un pavillon à mon nom. Des salles de spectacle.
On fera de moi un personnage de roman! Comme ces scientifiques qui peuplent les romans de ce siècle.
Vive l’UVAM
Vive la génération 2.0.
Vive la CRLT.
Vive moi.
p.s. si quelqu’un peut avertir le gagnant de venir chercher son prix aux locaux de la chaire, un magnifique coupon rabais du Café de la Craie, il me rendrait un grand service. Merci.
lundi 4 février 2008
Une Université de Serge...
« Trouvez de l’argent! » clame M. Surprenant, notre directeur. Ce qui n’est pas… étonnant (eh oui, j’ai résisté), compte tenu que M. Renard, le recteur, le talonne de près pour qu’il lâche le morceau.
De l’argent, de l’argent, ça ne se trouve pas si facilement que ça, ce n’est pas comme si on pouvait cambrioler un dépanneur. Si le gouvernement ne nous en donne pas, comment voulez-vous qu’on en trouve? Nous ne sommes pas une multinationale, nous sommes un service public! Et la population a d’autres chats à fouetter que de jeter son maigre pécule dans un puits sans fond.
« Soyez imaginatif !» déclare M. Renard.
Comme si ça revenait à allumer une lumière… (ça me rappelle la vieille blague : combien d’uvamiens ça prend pour changer une lumière?)
Je me suis fouillé et me suis dit que la meilleure solution était de se trouver des commanditaires. Si les Canadiens de Montréal sont hébergés au Centre Bell, l’UVAM peut bien s’associer à des compagnies prestigieuses qui voudront délier les cordons de leur bourse pour nous assurer autre chose qu’un avenir en forme de gros CEGEP.
Or donc, voici quelques suggestions de commanditaires, avec leur slogan.
N° 10 Molson
L’UVAM, une Université de Serge!
(Imaginez une belle affiche brun chalet, avec une texture « écorce d’érable », et en arrière-plan un diplôme « écorce de bouleau »)
n° 9 Réno Dépot
L’UVAM. L’Université qui fait baisser le coût de l’éducation au Québec.
(ben quoi? c’est vrai non?)
n° 8 La Semaine
L’UVAM… Bonne semaine!
(C’est pas la meilleure, je sais, mais elle pourrait servir pendant les semaines de lecture… Ha ha!)
n° 7 Jean Coutu
L’UVAM. On y trouve de tout, même un diplôme!
(On devrait forcer les profs à recommencer à porter un sarrau… Et on donnerait un diplôme en prime à tous ceux qui sont capables d’écrire sarrau au pluriel sans se tromper. Je ne sais pas, disons un DESS en sarraus)
n° 6 Tim Horton
L’UVAM, toujours fraîche!
(Ce serait bien, il y aurait une boîte de TimBits à l’entrée des salles de classe en guise d’appât. En plus, la sécurité serait accrue sans qu’il n’en coûte rien à l’Université.)
n° 5 Mazda
L’UVAM. L’université qui fait vroum vroum!
(On aura compris que je fais référence au Vice-rectorat aux opérations universitaires et marchandes, responsable des PPP)
N°4 Nova Scotia
L’UVAM. Vous êtes plus intelligents que vous le croyez!
(De là à dire que nous donnerons des diplômes à rabais, il ne faut pas exagérer..)
n°3 Red Bull
L’UVAM. Une Université énergisante!
(Je vois déjà nos étudiants hyper excités entrer en classe pour des séances de défoulement collectif)
n°2 Brault et Martineau
À L’UVAM, on s’occupe de vous. Et vous ne payez rien avant mai 2010!
(auto explicatif)
n°1
L’UVAM
(Bon, j’avoue, je ne sais plus. Il faudrait que j’écoute la télé pour me remettre les slogans en tête. Mais si vous avez des suggestions, n’hésitez pas, je suis preneur.)
De l’argent, de l’argent, ça ne se trouve pas si facilement que ça, ce n’est pas comme si on pouvait cambrioler un dépanneur. Si le gouvernement ne nous en donne pas, comment voulez-vous qu’on en trouve? Nous ne sommes pas une multinationale, nous sommes un service public! Et la population a d’autres chats à fouetter que de jeter son maigre pécule dans un puits sans fond.
« Soyez imaginatif !» déclare M. Renard.
Comme si ça revenait à allumer une lumière… (ça me rappelle la vieille blague : combien d’uvamiens ça prend pour changer une lumière?)
Je me suis fouillé et me suis dit que la meilleure solution était de se trouver des commanditaires. Si les Canadiens de Montréal sont hébergés au Centre Bell, l’UVAM peut bien s’associer à des compagnies prestigieuses qui voudront délier les cordons de leur bourse pour nous assurer autre chose qu’un avenir en forme de gros CEGEP.
Or donc, voici quelques suggestions de commanditaires, avec leur slogan.
N° 10 Molson
L’UVAM, une Université de Serge!
(Imaginez une belle affiche brun chalet, avec une texture « écorce d’érable », et en arrière-plan un diplôme « écorce de bouleau »)
n° 9 Réno Dépot
L’UVAM. L’Université qui fait baisser le coût de l’éducation au Québec.
(ben quoi? c’est vrai non?)
n° 8 La Semaine
L’UVAM… Bonne semaine!
(C’est pas la meilleure, je sais, mais elle pourrait servir pendant les semaines de lecture… Ha ha!)
n° 7 Jean Coutu
L’UVAM. On y trouve de tout, même un diplôme!
(On devrait forcer les profs à recommencer à porter un sarrau… Et on donnerait un diplôme en prime à tous ceux qui sont capables d’écrire sarrau au pluriel sans se tromper. Je ne sais pas, disons un DESS en sarraus)
n° 6 Tim Horton
L’UVAM, toujours fraîche!
(Ce serait bien, il y aurait une boîte de TimBits à l’entrée des salles de classe en guise d’appât. En plus, la sécurité serait accrue sans qu’il n’en coûte rien à l’Université.)
n° 5 Mazda
L’UVAM. L’université qui fait vroum vroum!
(On aura compris que je fais référence au Vice-rectorat aux opérations universitaires et marchandes, responsable des PPP)
N°4 Nova Scotia
L’UVAM. Vous êtes plus intelligents que vous le croyez!
(De là à dire que nous donnerons des diplômes à rabais, il ne faut pas exagérer..)
n°3 Red Bull
L’UVAM. Une Université énergisante!
(Je vois déjà nos étudiants hyper excités entrer en classe pour des séances de défoulement collectif)
n°2 Brault et Martineau
À L’UVAM, on s’occupe de vous. Et vous ne payez rien avant mai 2010!
(auto explicatif)
n°1
L’UVAM
(Bon, j’avoue, je ne sais plus. Il faudrait que j’écoute la télé pour me remettre les slogans en tête. Mais si vous avez des suggestions, n’hésitez pas, je suis preneur.)
vendredi 1 février 2008
Reprise des travaux
(ou si vous préférez : reprise des hostilités)
Le Hertel fuit.
Je répète:
le Hertel fuit.
C’est à prendre évidemment au deuxième degré, un peu comme pour le vieux « Les carottes sont cuites », de la Deuxième Guerre mondiale, sauf qu’ici, il n’y a pas de code, il n’y a pas de maquis, et aucune offensive ne se prépare. Mais le Hertel fuit, ça c’est sûr. Il dégouline de partout. Son agent nettoyant laisse une longue coulée brunâtre sur la surface de ma table de travail. Il n’y a rien de plus salissant que du savon.
J’ai sorti le Hertel car mon département, le Département des arts du texte de l’UVAM (je tiens à le préciser), m’a demandé, en la personne de notre directeur, Théodore Surprenant, de faire un grand ménage à la Chaire de recherche en littérature transgénique.
J’ai sorti le Hertel et une éponge. Je suis même parti à la recherche d’une grande vadrouille (j’ai toujours eu un faible pour Bourvil).
Emmanuelle Alba a fini par me faire comprendre que le ménage n’était pas littéral, mais métaphorique. Il ne fallait pas jeter l’éponge, mais au contraire, profiter de la crise pour redorer le blason de la Chaire.
LA CRISE!!!
Des inspecteurs sont attendus, il faut que tout soit Spic and Span, comme disait ma mère. Que les budgets soient débarrassés de toute impureté, que les fournitures soient en ordre, que le personnel s’active, histoire de donner l’impression que nous travaillons comme des forçats.
La chaire est une galère, je vous jure.
LA CRISE FINANCIÈRE!!!
Je vais devoir expliquer tous ces ordinateurs qui roulent nuits et jours à la recherche de la pierre philosophale de la littérature transgénique, j’ai nommé le protocole TRANSLIT.
Je vais devoir aussi justifier les sommes pharamineuses investies dans ce projet de rénovation de la littérature, qui n’a accouché pour l’instant que de quelques pets sans conséquence. J’ai un atout dans ma manche, le journal de Tamaracouta (brought to you by vous savez qui), mais je préfère le garder jusqu’au dernier moment, comme on converse jusqu’à la toute fin le Joker dans une partie de Huit.
Je vais devoir réaffirmer la mission de la chaire : viser le futur, malgré l’incurie du présent. Il faut jeter le passé aux orties, vouer le présent aux gémonies, et frotter la lampe d’Aladin pour conjurer le mauvais sort qui pèse sur notre avenir.
Je vous le dis, il y a là une forme de censure déguisée. Sous couvert de problèmes budgétaires, l’administration veut imposer un bâillon à ses professeurs, à ses chercheurs, à ses intellectuels.
« Trouver des sous ! » a déclaré M. Étienne Renard, notre recteur.
« Coupez! Coupez! » clame-t-il comme un réalisateur sur un plateau de tournage.
Sabrons allègrement dans vos mission… Je vous jure. Pfff!
Rien ne m’arrêtera, rien ne retardera ma missions.
Mais pour mettre toutes les chances de mon côté, ça ne me coûte rien de passer un coup de balai. Ça ne peut pas faire de tort.
Le Hertel fuit.
Je répète:
le Hertel fuit.
C’est à prendre évidemment au deuxième degré, un peu comme pour le vieux « Les carottes sont cuites », de la Deuxième Guerre mondiale, sauf qu’ici, il n’y a pas de code, il n’y a pas de maquis, et aucune offensive ne se prépare. Mais le Hertel fuit, ça c’est sûr. Il dégouline de partout. Son agent nettoyant laisse une longue coulée brunâtre sur la surface de ma table de travail. Il n’y a rien de plus salissant que du savon.
J’ai sorti le Hertel car mon département, le Département des arts du texte de l’UVAM (je tiens à le préciser), m’a demandé, en la personne de notre directeur, Théodore Surprenant, de faire un grand ménage à la Chaire de recherche en littérature transgénique.J’ai sorti le Hertel et une éponge. Je suis même parti à la recherche d’une grande vadrouille (j’ai toujours eu un faible pour Bourvil).
Emmanuelle Alba a fini par me faire comprendre que le ménage n’était pas littéral, mais métaphorique. Il ne fallait pas jeter l’éponge, mais au contraire, profiter de la crise pour redorer le blason de la Chaire.
LA CRISE!!!
Des inspecteurs sont attendus, il faut que tout soit Spic and Span, comme disait ma mère. Que les budgets soient débarrassés de toute impureté, que les fournitures soient en ordre, que le personnel s’active, histoire de donner l’impression que nous travaillons comme des forçats.
La chaire est une galère, je vous jure.
LA CRISE FINANCIÈRE!!!
Je vais devoir expliquer tous ces ordinateurs qui roulent nuits et jours à la recherche de la pierre philosophale de la littérature transgénique, j’ai nommé le protocole TRANSLIT.
Je vais devoir aussi justifier les sommes pharamineuses investies dans ce projet de rénovation de la littérature, qui n’a accouché pour l’instant que de quelques pets sans conséquence. J’ai un atout dans ma manche, le journal de Tamaracouta (brought to you by vous savez qui), mais je préfère le garder jusqu’au dernier moment, comme on converse jusqu’à la toute fin le Joker dans une partie de Huit.
Je vais devoir réaffirmer la mission de la chaire : viser le futur, malgré l’incurie du présent. Il faut jeter le passé aux orties, vouer le présent aux gémonies, et frotter la lampe d’Aladin pour conjurer le mauvais sort qui pèse sur notre avenir.
Je vous le dis, il y a là une forme de censure déguisée. Sous couvert de problèmes budgétaires, l’administration veut imposer un bâillon à ses professeurs, à ses chercheurs, à ses intellectuels.
« Trouver des sous ! » a déclaré M. Étienne Renard, notre recteur.
« Coupez! Coupez! » clame-t-il comme un réalisateur sur un plateau de tournage.
Sabrons allègrement dans vos mission… Je vous jure. Pfff!
Rien ne m’arrêtera, rien ne retardera ma missions.
Mais pour mettre toutes les chances de mon côté, ça ne me coûte rien de passer un coup de balai. Ça ne peut pas faire de tort.
dimanche 18 novembre 2007
Dernier tesson
Et maintenant qu’est-ce que je fais? (il y a sûrement de l’écho…)
J’y touche à nouveau ou je mets le tout dans un sac en plastique scellé que je vais déposer dans une poubelle publique, le plus loin possible de la Chaire?
Je parle du manuscrit de Taramacouta, vouz aurez compris, chère lectrice (les autres, qui ne me lisent pas assidûment, n'ont qu'à retourner au précédent billet, histoire de se rafraîchir la mémoire. Et, la prochaine fois, si ça continue, je fais passer un examen).
Je descends au sous-sol de l’Université et je trouve l’incinérateur le plus près, remettant au feu ce qui n’aurait jamais dû lui échapper?
Je me rends au bord du fleuve et, d’un grand geste de lanceur de relève, je pitche, le mot est précis, le satané manuscrit de Tamaracouta la damnée, espérant qu’il coule au fond de l’eau comme une pierre des champs?
Je m'arrête au bord d'un précipice et, comme un enfant jette négligemment l'enveloppe du chocolat qu'il est en train de déguster, je laisse tomber la masse informe du journal aux pages préalablement détachées dans le vide qui s'ouvre à mes pieds et qui l'avale goulûment, comme le veut la métaphore?
Je vais aux abords de l’autoroute Ville-Marie, la 720, et au moment où un poids lourd passe en trombe, j'abandonne à son destin le journal brûlé qui, frappé de plein fouet par la masse en mouvement du camion, se déchire en mille morceaux qui volètent entre les murs compacts du tunnel?
J’ouvre discrètement la salle du département des arts du texte et je mets en marche la déchiqueteuse à papiers qui a tôt fait de réduire le manuscrit en un ensemble vaste mais fini de languettes de papiers, toutes plus illisibles les unes que les autres?
Je me rends dans une porcherie et donne aux cochons qui s’y trouvent en grand nombre les diverses pages imbuvables du journal à manger, histoire de vérifier que les acides gastriques sont bel et bien capables de passer au travers de la prose corrosive de Tamaracouta?
J’égrène les possibilités, mais dans mon for intérieur, je sais bien ce que je n’ai d’autre choix que de conserver le manuscrit précieusement. Je me sens comme un inventeur au seuil de sa plus belle découverte, et la peur qui me tenaille les intestins n’est qu’un signe avant coureur des merveilles que je risque de découvrir en poussant plus loin mon investigation. Je ne peux détruire le manuscrit de Tamaracouta, cédant comme Faust au chant de Méphistophélès.
Je me dois de faire fructifier cette ressource incroyable, comme on a harnaché les rivières du grand Nord pour en faire de l’électricité.
Il me reste à découvrir comment procéder. Quoi faire pour ne plus m’évanouir comme je l’ai fait cet été.
Je ne veux plus réentendre la voix infecte de cet auteur de malheur qui réapparaît à heure fixe pour me rappeler à l’ordre. Et on s’en fout de sa maudite demande de subvention. Il n’avait qu’à ne pas la commencer. Je ne suis pas responsable de ses décisions, pas plus qu’il ne l’est des miennes.
Voilà, tout est dit.
Le refoulé a été retourné, un peu comme un livre à la bibliothèque, quand on est légèrement en retard. On se sent coupable, mais l'amende, même si elle est ridicule, nous énerve pareil. Il est temps de passer à autre chose.
J’y touche à nouveau ou je mets le tout dans un sac en plastique scellé que je vais déposer dans une poubelle publique, le plus loin possible de la Chaire?
Je parle du manuscrit de Taramacouta, vouz aurez compris, chère lectrice (les autres, qui ne me lisent pas assidûment, n'ont qu'à retourner au précédent billet, histoire de se rafraîchir la mémoire. Et, la prochaine fois, si ça continue, je fais passer un examen).
Je descends au sous-sol de l’Université et je trouve l’incinérateur le plus près, remettant au feu ce qui n’aurait jamais dû lui échapper?
Je me rends au bord du fleuve et, d’un grand geste de lanceur de relève, je pitche, le mot est précis, le satané manuscrit de Tamaracouta la damnée, espérant qu’il coule au fond de l’eau comme une pierre des champs?Je m'arrête au bord d'un précipice et, comme un enfant jette négligemment l'enveloppe du chocolat qu'il est en train de déguster, je laisse tomber la masse informe du journal aux pages préalablement détachées dans le vide qui s'ouvre à mes pieds et qui l'avale goulûment, comme le veut la métaphore?
Je vais aux abords de l’autoroute Ville-Marie, la 720, et au moment où un poids lourd passe en trombe, j'abandonne à son destin le journal brûlé qui, frappé de plein fouet par la masse en mouvement du camion, se déchire en mille morceaux qui volètent entre les murs compacts du tunnel?
J’ouvre discrètement la salle du département des arts du texte et je mets en marche la déchiqueteuse à papiers qui a tôt fait de réduire le manuscrit en un ensemble vaste mais fini de languettes de papiers, toutes plus illisibles les unes que les autres?
Je me rends dans une porcherie et donne aux cochons qui s’y trouvent en grand nombre les diverses pages imbuvables du journal à manger, histoire de vérifier que les acides gastriques sont bel et bien capables de passer au travers de la prose corrosive de Tamaracouta?
J’égrène les possibilités, mais dans mon for intérieur, je sais bien ce que je n’ai d’autre choix que de conserver le manuscrit précieusement. Je me sens comme un inventeur au seuil de sa plus belle découverte, et la peur qui me tenaille les intestins n’est qu’un signe avant coureur des merveilles que je risque de découvrir en poussant plus loin mon investigation. Je ne peux détruire le manuscrit de Tamaracouta, cédant comme Faust au chant de Méphistophélès.
Je me dois de faire fructifier cette ressource incroyable, comme on a harnaché les rivières du grand Nord pour en faire de l’électricité.
Il me reste à découvrir comment procéder. Quoi faire pour ne plus m’évanouir comme je l’ai fait cet été.
Je ne veux plus réentendre la voix infecte de cet auteur de malheur qui réapparaît à heure fixe pour me rappeler à l’ordre. Et on s’en fout de sa maudite demande de subvention. Il n’avait qu’à ne pas la commencer. Je ne suis pas responsable de ses décisions, pas plus qu’il ne l’est des miennes.
Voilà, tout est dit.
Le refoulé a été retourné, un peu comme un livre à la bibliothèque, quand on est légèrement en retard. On se sent coupable, mais l'amende, même si elle est ridicule, nous énerve pareil. Il est temps de passer à autre chose.
samedi 17 novembre 2007
Troisième tesson
Parfois je me sens comme dans un pays lointain, la Suède enneigée ou la pluvieuse Norvège. Des fjords à perte de vue et des couronnes sucrées.
Où en étais-je?
Ah oui…
L’ATN de Berger.
Dès le lendemain, en cachette d’Emmanuelle Alba, que je voulais surprendre avec des résultats qui risquaient d’émerveiller la communauté internationale dans son entier (Suède et Norvège incluses), j’ai commencé à travailler sur le livre de Berger. Je me suis concentré sur les phrases qui comportaient les mots « Adde », « île », « créer », mots lemmatisés comme il se doit. S’il était vrai que l’architecte Saul Adde était un artiste d’une puissance d’imagination inégalée, il devait être possible de récupérer une partie de cette force dans les textèmes du roman.
Je me suis aussi efforcé de récupérer des composants crédibles de l’ATN de J. R. Berger depuis sa signature. J’y ai mis quelques jours, mais je suis arrivé à une séquence qu’il me semblait convenable. J’avais cent cinquante huit paires d’oppositions thémiques, qui se regroupaient aisément en grappes imaginaires d’un poids supérieur aux idées fixes et aux stéréotypes. C’était déjà un résutlat impressionnant. Et c’est avec un enthousiasme fébrile que je me suis attaqué au texte de L’île des Pas perdus, cherchant à faire réagir les textèmes avec les paires thémiques.
J’ai essayé toutes les combinaisons possibles, mais sans succès. Oh! le protocole TRANSLIT, parvenait à s’enclencher et à générer un flux textuel ininterrompu. Mais les phrases produites revenaient au même, une série steinienne de mots sans véritable signification, où les lexèmes «Icare », « craie » et « carie » revenaient sans cesse, des permutations sans signification des mêmes lettres.
C’est à ce moment que je me suis souvenu du journal de Tamaracouta.
Je l’avais scellé et déposé dans le réfrigérateur de la Chaire.
Si mettre du Berger sur du Berger ne donnait que des permutations à l’identique, peut-être qu’en variant les ATN, intégrant celles de la dénommée Tamaracouta par exemple, j’obtiendrais des résultats inattendus.
Je ne perdais rien en essayant, c’était évident.
J’ai sorti le manuscrit plein de suie de son enveloppe plastifiée. J’en ai découpé un très léger segment, à peine quelques syntagmes dans l’une des dernières pages et j’ai commencé à en préparer le traitement.
Il s’agit dans un premier temps de déblanchir la phrase, opération élaborée par le Docteur Racine, que je remercie ici pour son aide précieuse dans le traitement des phrases. Pour ce faire, il s’agit de découper le papier sous le mot, de même que sur le mot, afin de laisser l’impression qu’il flotte littéralement sur la page. Par la suite, on se rend encore plus loin, et il faut séparer le mot de la page, le décoller en quelque sorte des fibres de papier. Cela prend un scalpel d’un type particulier qu’on opère à l’aide de l’ordinateur, pour plus de précision. La lame du scalpel passe sous le mot et le décolle comme une cornée.
Pendant quelques temps le mot flotte librement sur la page et il faut le capter avant qu’il ne se décompose. Il faut faire vite et attention, car on peut facilement se couper avec le bout de la lame du scalpel. Le sang se répand et le manuscrit se trouve taché ce qui n’aide pas à la conservation des mots et de leur potentiel transgénique.
Avec le journal de Tamaracouta, dans mon énervement, j’ai voulu trop rapidement récupérer les mots déblanchis et lévitant sur la page et le bout de mon pouce a effleuré la lame du scalpel et une goutte de mon sang est tombée sur la page brûlée et, par souci de propreté, j’a voulu la ramasser le plus rapidement possible et du bout du mineur j’ai tenté d’essuyer la page maculée et les pores de ma peau sont entrées en contact avec mon sang, mais surtout avec l’encre des mots rédigés par Tamaracouta, et tout s’est mis soudainement à valser et j’ai vu un incendie comme s’il se produisait sous mes yeux et les cheveux noirs de Tamaracouta brûler et j’ai vu l’ombre d’un homme s’avancer en bredouillant des mots incompréhensibles – si j’essaie de me souvenir, je crois que cela ressemble à « sur le bout de la au cœur de la une pensée », un vrai galimatias, je vous jure –, et j’ai vu des étoiles comme quand on reçoit un coup sur la tête et puis c’est tout, vous avez bien lu, c’est tout, vous pouvez arrêer de lire il n’y a plus rien à dire ni à lire je me suis évanoui, comprenez-vous, évanoui, comme on écrase un moustique entre ses deux paumes, schplauck! il n’y a plus qu’un minuscule amas de matière organique. Et quand je m’évanouis, je peux vous le certifier, il ne se passe plus rien dans ma tête sauf de sombres pensées qui ne devraient jamais être partagées, vous pouvez arrêter de lire je vous le demande expressément.
Ah merci, ça va mieux.
J’ai mis le doigt sur une plaie vive et je me suis évanoui. Je suis tombé dans un coma.
Jusqu’à ce que l’auteur m’implore de revenir à la vie.
Et maintenant vous savez tout. Du moins, vous en savez autant que moi.
We’re now even…
Il me reste une question : et maintenant qu’est-ce que je fais?
Où en étais-je?
Ah oui…
L’ATN de Berger.
Dès le lendemain, en cachette d’Emmanuelle Alba, que je voulais surprendre avec des résultats qui risquaient d’émerveiller la communauté internationale dans son entier (Suède et Norvège incluses), j’ai commencé à travailler sur le livre de Berger. Je me suis concentré sur les phrases qui comportaient les mots « Adde », « île », « créer », mots lemmatisés comme il se doit. S’il était vrai que l’architecte Saul Adde était un artiste d’une puissance d’imagination inégalée, il devait être possible de récupérer une partie de cette force dans les textèmes du roman.
Je me suis aussi efforcé de récupérer des composants crédibles de l’ATN de J. R. Berger depuis sa signature. J’y ai mis quelques jours, mais je suis arrivé à une séquence qu’il me semblait convenable. J’avais cent cinquante huit paires d’oppositions thémiques, qui se regroupaient aisément en grappes imaginaires d’un poids supérieur aux idées fixes et aux stéréotypes. C’était déjà un résutlat impressionnant. Et c’est avec un enthousiasme fébrile que je me suis attaqué au texte de L’île des Pas perdus, cherchant à faire réagir les textèmes avec les paires thémiques.
J’ai essayé toutes les combinaisons possibles, mais sans succès. Oh! le protocole TRANSLIT, parvenait à s’enclencher et à générer un flux textuel ininterrompu. Mais les phrases produites revenaient au même, une série steinienne de mots sans véritable signification, où les lexèmes «Icare », « craie » et « carie » revenaient sans cesse, des permutations sans signification des mêmes lettres.
C’est à ce moment que je me suis souvenu du journal de Tamaracouta.
Je l’avais scellé et déposé dans le réfrigérateur de la Chaire.
Si mettre du Berger sur du Berger ne donnait que des permutations à l’identique, peut-être qu’en variant les ATN, intégrant celles de la dénommée Tamaracouta par exemple, j’obtiendrais des résultats inattendus.
Je ne perdais rien en essayant, c’était évident.
J’ai sorti le manuscrit plein de suie de son enveloppe plastifiée. J’en ai découpé un très léger segment, à peine quelques syntagmes dans l’une des dernières pages et j’ai commencé à en préparer le traitement.
Il s’agit dans un premier temps de déblanchir la phrase, opération élaborée par le Docteur Racine, que je remercie ici pour son aide précieuse dans le traitement des phrases. Pour ce faire, il s’agit de découper le papier sous le mot, de même que sur le mot, afin de laisser l’impression qu’il flotte littéralement sur la page. Par la suite, on se rend encore plus loin, et il faut séparer le mot de la page, le décoller en quelque sorte des fibres de papier. Cela prend un scalpel d’un type particulier qu’on opère à l’aide de l’ordinateur, pour plus de précision. La lame du scalpel passe sous le mot et le décolle comme une cornée.
Pendant quelques temps le mot flotte librement sur la page et il faut le capter avant qu’il ne se décompose. Il faut faire vite et attention, car on peut facilement se couper avec le bout de la lame du scalpel. Le sang se répand et le manuscrit se trouve taché ce qui n’aide pas à la conservation des mots et de leur potentiel transgénique.
Avec le journal de Tamaracouta, dans mon énervement, j’ai voulu trop rapidement récupérer les mots déblanchis et lévitant sur la page et le bout de mon pouce a effleuré la lame du scalpel et une goutte de mon sang est tombée sur la page brûlée et, par souci de propreté, j’a voulu la ramasser le plus rapidement possible et du bout du mineur j’ai tenté d’essuyer la page maculée et les pores de ma peau sont entrées en contact avec mon sang, mais surtout avec l’encre des mots rédigés par Tamaracouta, et tout s’est mis soudainement à valser et j’ai vu un incendie comme s’il se produisait sous mes yeux et les cheveux noirs de Tamaracouta brûler et j’ai vu l’ombre d’un homme s’avancer en bredouillant des mots incompréhensibles – si j’essaie de me souvenir, je crois que cela ressemble à « sur le bout de la au cœur de la une pensée », un vrai galimatias, je vous jure –, et j’ai vu des étoiles comme quand on reçoit un coup sur la tête et puis c’est tout, vous avez bien lu, c’est tout, vous pouvez arrêer de lire il n’y a plus rien à dire ni à lire je me suis évanoui, comprenez-vous, évanoui, comme on écrase un moustique entre ses deux paumes, schplauck! il n’y a plus qu’un minuscule amas de matière organique. Et quand je m’évanouis, je peux vous le certifier, il ne se passe plus rien dans ma tête sauf de sombres pensées qui ne devraient jamais être partagées, vous pouvez arrêter de lire je vous le demande expressément.
Ah merci, ça va mieux.
J’ai mis le doigt sur une plaie vive et je me suis évanoui. Je suis tombé dans un coma.
Jusqu’à ce que l’auteur m’implore de revenir à la vie.
Et maintenant vous savez tout. Du moins, vous en savez autant que moi.
We’re now even…
Il me reste une question : et maintenant qu’est-ce que je fais?
jeudi 15 novembre 2007
Deuxième tesson
Mes oublis… Comment dire, mes absences!
Un coup de foudre s’est abattu sur ma personne transformant ce pauvre Éric, bibi, en Thésée égaré sans Ariane dans le labyrinthe de ses souvenirs perdus. Pff!
J’ai mis le bout de l’index droit sur un mot et, zap!, un rire solennel a suivi ma descente aux enfers où Hadès m’a accueilli à bras ouverts, m’offrant son plus beau siège, un noble banc de bois recouvert de vignes qui serpentaient de ses pattes au dossier. Après, je le jure, je ne me souviens de rien.
J’ai encore mal aux fesses, comme si on m’avait arraché quelque chose, mais bon, je préfère ne pas entrer dans le détail.
En partant, la jeune fille, Caroline, que son papa a récupérée dans une effusion d’émotions tout aussi exubérante qu’attendue, m’a laissé un cadeau. Un double cadeau.
Elle n’a pas fait exprès, j’en mettrais ma main au feu. Quand son père est arrivé, elle était encore au clavier en train de raconter ses aventures et tâcher de faire revivre son amie morte. Au moment de partir, au lieu de ramasser ses deux livres, elle a choisi plutôt de retourner à l’ordinateur et de s’envoyer par courriel son texte, histoire de ne rien perdre de son histoire justement, les mots se passent le bâton, je vous assure.
Quel étrange siècle… On s’envoie maintenant à soi-même les missives qu’on ne veut pas perdre!
Saisissez-vous les conséquences de cette dernière phrase?
Non?
Chère lectrice, non, ce n'est pas ça... Mes jeux de mots n'ont pas pris un mauvais tournant après mon sommeil sans âme prolongé. Ils étaient déjà comme ça avant. Et je m’insurge contre votre évaluation de mes talents d’écrivain. Selon vous, j’aurais dû décrire en long et en large la scène de réunion de Caroline et de son père, entrer dans les détails de leurs émotions confuses et conflictuelles. Peindre un portrait saisissant de cette réunion dans les couloirs stériles de mon Département des arts du texte. Grossir les traits pour émouvoir mon lecteur, qui en a vu d’autres. Mais je sais de source sûre – c’est J. R. Berger lui-même qui me l’a dit – que la retenue était, dans ce cas-ci, nécessaire et requise de toute urgence. Et je ne joue pas avec les émotions des autres, j'ai assez de difficulté à m’occuper des miennes.
Que disais-je donc avant qu’on interrompe de si inopportune façon? Ah oui… Le cadeau.
Caroline a laissé traîner sur mon bureau, tout près du clavier blanc de mon ordinateur principal, les deux volumes qu’elle transportait avec elle.
Il y avait bien sûr les restes du roman de son papa, L’île des Pas perdus, en partie brûlé; et, vous vous en doutez, le cahier de son amie Tamaracouta.
J’aurais dû dès le départ jeter ces deux cadeaux empoisonnés aux poubelles, mais je ne l'ai pas fait. J’ai préféré plutôt vaporisé du Lysol dans mon local, afin de cacher l’odeur de brûlé que les deux codex exhalaient.
Je les ai conservés.
CONSERVÉS.
Et j’ai décidé de m’en servir. De les passer au protocole TRANSLIT.
Ce n’est pas tous les jours, voyez-vous, que j’ai droit à des manuscrits. Que dis-je: à des manuscrits de première génération. Écrits de la main même de l’auteur. Le journal de Tamaracouta n’est pas publié, on ne parle pas d'Anne Frank, je vous l’accorde. Mais, si je devais en croire Caroline, il y avait là un manuscrit d’une étonnante puissance. Un manuscrit où le texte et le monde étaient en parfaite harmonie.
Je ne le crois pas vraiment, j’ai trop vu neiger pour ça. Mais, tout de même, un manuscrit presque vierge, même si en partie carbonisé, ça ne court pas les rues...
Et le roman de ce J. R. Berger valait bien un Jacques Ferron ou un Lewis Carroll, si je déchiffrais correctement le quatrième de couverture. Pas de fausse modestie.
J’ai toujours aimé les îles, il était donc facile de jeter mon dévolu sur ce roman. Et j’en connaissais l’auteur, je lui avais serré la main. J’avais même son adresse, écrite de sa propre main. Si je faisais attention, je pouvais récupérer une partie de son ATN.
ATN?
Chère lectrice, ton ignorance me surprend toujours.
Acide textuo-nucléïque…
Les particules élémentaires de l’identité auctoriale.
Une vraie mine d’or.
Et je me suis mis à la tâche…
Un coup de foudre s’est abattu sur ma personne transformant ce pauvre Éric, bibi, en Thésée égaré sans Ariane dans le labyrinthe de ses souvenirs perdus. Pff!
J’ai mis le bout de l’index droit sur un mot et, zap!, un rire solennel a suivi ma descente aux enfers où Hadès m’a accueilli à bras ouverts, m’offrant son plus beau siège, un noble banc de bois recouvert de vignes qui serpentaient de ses pattes au dossier. Après, je le jure, je ne me souviens de rien.
J’ai encore mal aux fesses, comme si on m’avait arraché quelque chose, mais bon, je préfère ne pas entrer dans le détail.
En partant, la jeune fille, Caroline, que son papa a récupérée dans une effusion d’émotions tout aussi exubérante qu’attendue, m’a laissé un cadeau. Un double cadeau.
Elle n’a pas fait exprès, j’en mettrais ma main au feu. Quand son père est arrivé, elle était encore au clavier en train de raconter ses aventures et tâcher de faire revivre son amie morte. Au moment de partir, au lieu de ramasser ses deux livres, elle a choisi plutôt de retourner à l’ordinateur et de s’envoyer par courriel son texte, histoire de ne rien perdre de son histoire justement, les mots se passent le bâton, je vous assure.
Quel étrange siècle… On s’envoie maintenant à soi-même les missives qu’on ne veut pas perdre!
Saisissez-vous les conséquences de cette dernière phrase?
Non?
Chère lectrice, non, ce n'est pas ça... Mes jeux de mots n'ont pas pris un mauvais tournant après mon sommeil sans âme prolongé. Ils étaient déjà comme ça avant. Et je m’insurge contre votre évaluation de mes talents d’écrivain. Selon vous, j’aurais dû décrire en long et en large la scène de réunion de Caroline et de son père, entrer dans les détails de leurs émotions confuses et conflictuelles. Peindre un portrait saisissant de cette réunion dans les couloirs stériles de mon Département des arts du texte. Grossir les traits pour émouvoir mon lecteur, qui en a vu d’autres. Mais je sais de source sûre – c’est J. R. Berger lui-même qui me l’a dit – que la retenue était, dans ce cas-ci, nécessaire et requise de toute urgence. Et je ne joue pas avec les émotions des autres, j'ai assez de difficulté à m’occuper des miennes.
Que disais-je donc avant qu’on interrompe de si inopportune façon? Ah oui… Le cadeau.
Il y avait bien sûr les restes du roman de son papa, L’île des Pas perdus, en partie brûlé; et, vous vous en doutez, le cahier de son amie Tamaracouta.
J’aurais dû dès le départ jeter ces deux cadeaux empoisonnés aux poubelles, mais je ne l'ai pas fait. J’ai préféré plutôt vaporisé du Lysol dans mon local, afin de cacher l’odeur de brûlé que les deux codex exhalaient.
Je les ai conservés.
CONSERVÉS.
Et j’ai décidé de m’en servir. De les passer au protocole TRANSLIT.
Ce n’est pas tous les jours, voyez-vous, que j’ai droit à des manuscrits. Que dis-je: à des manuscrits de première génération. Écrits de la main même de l’auteur. Le journal de Tamaracouta n’est pas publié, on ne parle pas d'Anne Frank, je vous l’accorde. Mais, si je devais en croire Caroline, il y avait là un manuscrit d’une étonnante puissance. Un manuscrit où le texte et le monde étaient en parfaite harmonie.
Je ne le crois pas vraiment, j’ai trop vu neiger pour ça. Mais, tout de même, un manuscrit presque vierge, même si en partie carbonisé, ça ne court pas les rues...
Et le roman de ce J. R. Berger valait bien un Jacques Ferron ou un Lewis Carroll, si je déchiffrais correctement le quatrième de couverture. Pas de fausse modestie.
J’ai toujours aimé les îles, il était donc facile de jeter mon dévolu sur ce roman. Et j’en connaissais l’auteur, je lui avais serré la main. J’avais même son adresse, écrite de sa propre main. Si je faisais attention, je pouvais récupérer une partie de son ATN.
ATN?
Chère lectrice, ton ignorance me surprend toujours.
Acide textuo-nucléïque…
Les particules élémentaires de l’identité auctoriale.
Une vraie mine d’or.
Et je me suis mis à la tâche…
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